Les intervenants du collectif Les Échelles appuient les acteurs de l’ESS, les entreprises de l’économie réelle, et les structures publiques pour réaliser et faire vivre leurs projets en les accompagnant dans des domaines variés.
Entretien avec Marion Saint Romain, salariée-associée.
Comment sont nées Les Échelles ?
« Nous sommes trois associés aux Échelles : Maxime Bertolini, Thomas Rey et moi-même. C’est Thomas, expert-comptable qui a depuis monté son cabinet Fractal Conseil, qui a initié le projet en 2019 pour proposer des formations en comptabilité aux associations. Il m’a proposé de m’associer avec lui, et le projet s’est un peu transformé.
De mon côté, je suis à la fois formatrice et consultante, mais ce qui m’intéresse le plus, c’est la posture d’accompagnement. C’est vraiment mon cœur de métier, et j’ai aussi exercé auparavant à Cap Berriat pendant 3 ans. J’ai suivi un cursus à Sciences Po au cours duquel j’ai beaucoup étudié la sociologie.
Maxime est coordinateur au PSIP (Pôle de santé de Saint Martin d’Hères) est plus un soutien moral, avec qui nous avons des échanges plus politiques.
Nous avons donc surtout monté le projet à deux avec Thomas, qui a une vision plus pragmatique que moi, alors que je suis plutôt issue de l’éducation populaire. C’est ce croisement qui fait notre ADN aujourd’hui, avec un intérêt partagé pour la recherche. Nous essayons d’allier réflexion critique et pistes de solutions concrètes, techniques ou autre, et nous aimons défricher de nouveaux sujets en nous appuyant sur la recherche. C’est aussi pour cela que nous nous avons constitué un réseau de collaborateurs, qui ont d’autres expertises, en fonction des besoins des structures accompagnées. »
Pouvez-vous présenter la structure Les Échelles, son statut et son fonctionnement ?
« D’un point de vue statutaire, les Échelles est une SARL, statut ne relevant pas de l’ESS, et je suis la seule salariée. Nous ne pouvons pas nous constituer en SCOP parce cela nécessiterait deux salariés à temps plein. Mais dans nos statuts, les règles sont identiques à celles d’une SCOP, par exemple, nous n’avons pas de répartition des dividendes, et je suis associée en tant que salariée. Nous fonctionnons donc comme une structure de l’ESS, et nous en portons les principes et valeurs, sans en avoir les bénéfices ni les privilèges fiscaux ou communicationnels, et cela nous convient.
Les structures que nous accompagnons sont principalement des structures de l’ESS ou publiques, même si certaines n’en ont pas le label. Notre approche de l’ESS correspond davantage à une vision politique que l’on défend, plutôt qu’à la définition légale qui a participé à marchandiser ce secteur. »
Quelles sont les missions des Échelles ?
« Tout d’abord, nous proposons des formations professionnelles. Nous sommes certifiés en tant qu’organisme de formation Qualiopi. Nous réalisons des formations au sein des structures pour les équipes, ou sur inscription individuelle, ouverte à tous.
De façon plus centrale, notre cœur de métier est l’accompagnement de collectifs. Il concerne quatre catégories d’acteurs : les
structures de l’ESS, les entreprises de l’économie réelle, les acteurs publics et les groupements. Nous intervenons principalement auprès des associations, mais aussi auprès d’entreprises coopératives, et d’autres structures qui ont un statut d’entreprise, comme les maisons de santé participatives (MSP), qui ne relèvent pas de l’ESS mais qui servent selon nous un intérêt général.
Pour les acteurs publics, cela peut concerner des collectivités, mais aussi des universités par exemple. Enfin, les groupements peuvent être des fédérations, ou des projets réunissant collectivités, associations et chercheurs. Par exemple, nous avons accompagné un projet multi-acteurs autour du réemploi pour construire une matériauthèque, sur la phase dédiée à la réalisation d’un diagnostic partagé.
De façon globale, nous réalisons toujours des accompagnements sur-mesure, au cours desquels nous cheminons aux côtés des acteurs dans l’élaboration et la réflexion, en proposant cependant un cadre méthodologique et d’animation, un regard analytique, et au besoin du conseil et des prestations techniques et stratégiques.
Enfin, un autre axe est l’analyse des pratiques et la supervision d’équipe, par exemple quand il y a des tensions internes. »
Sur quelles thématiques accompagnez-vous les structures ?
« Nous intervenons sur les dimensions organisationnelles et institutionnelles.
- Le champ organisationnel va concerner la gouvernance, le modèle socio-économique, le projet stratégique, et tout ce qui est lié au fonctionnement interne, comme la répartition des responsabilités et les rôles, ou encore les process et les modalités de communication interne.
- Le champ institutionnel concerne plutôt les normes de fonctionnement et rapports de pouvoir implicites, les questions de places et légitimité, les conflits, les croyances collectives. La question du genre est un des sujets qui revient typiquement dans les accompagnements. »
Comment se passent vos actions d’accompagnement ?
« Dans certains cas, nous sommes prestataires du Dispositif Local d’Accompagnement (DLA), un dispositif financé notamment par l’État et l’Union Européenne, et porté actuellement par GAIA en Isère. D’autres fois, nous passons par des marchés publics, des consultations ou des appels d’offres, mais la plupart du temps nous travaillons grâce au bouche-à-oreille.
Récemment, nous avons accompagné la MJC des Eaux Claires pour deux journées de séminaires sur leur projet associatif. Par ailleurs, j’ai accompagné une maison de santé à Nice pendant deux années. Les possibilités sont donc très variées : parfois, l’accompagnement se fait en une fois sur une ou deux journées de séminaires, et d’autres fois il combine plusieurs formats (séminaires, groupes de travail, prestation) et s’étale sur plusieurs mois. J’interviens principalement en région, mais je peux me déplacer au niveau national pour des interventions groupées d’un à plusieurs jours. »
Quel est l’apport particulier de votre suivi pour les structures qui en bénéficient ?
« Les retours que nous recevons mettent en avant le côté “sur mesure” de notre accompagnement, à la fois sur les interventions proposées et sur l’adaptation au terrain, en réalisant par exemple un travail préparatoire d’étude documentaire. C’est apprécié car cela permet d’aller plus loin plus rapidement.
Un autre aspect est la pluridisciplinarité, avec le fait de pouvoir apporter par exemple les compétences de Thomas ou celles de nos collaborateurs, comme Na Architecture, pour répondre à des besoins spécifiques.
Les accompagnés souligne aussi l’intérêt que je puisse assumer différents rôles pour m’adapter aux besoins du groupe. A certains moments, je suis animatrice pour faciliter le travail et réguler les échanges, à d’autres je vais être enquêtrice ou sociologue, et parfois je vais partager une expertise et formuler des préconisations. De nouveau, ma posture principale est celle d’accompagnatrice, c’est-à-dire que je vais proposer une méthodologie ou des dispositifs de travail, mais que je vais cheminer sur le fond aux côtés des personnes. On ne sait jamais comment le travail va aboutir car c’est le groupe lui-même qui est expert de son projet, c’est lui qui décide de la direction à adopter. C’est un processus. Souvent, cela va encore plus loin que ce qu’ils attendaient, ou cela les amènent à décaler le regard.
Je ne fais donc jamais que de l’information et n’adopte pas de posture uniquement descendante. C’est le cas aussi sur les formations qui sont expérientielles, c’est-à-dire que je crée des dispositifs pour que les personnes puissent apprendre par l’expérience vécue pendant la formation, en partant de leur terrain.
Enfin, un autre retour est la qualité de nos livrables qui sont à la fois des compte-rendu, mais peuvent aussi contenir un regard analytique, de l’outillage, de la formalisation. L’objectif est de permettre aux structures de pouvoir capitaliser sur ce qui a été travaillé et qu’elles puissent poursuivre en autonomie.
Je viens de finir un DLA avec une structure chargée de l’accueil de demandeurs d’asile. Un des éléments qu’ils souhaitent conserver, c’est la manière d’animer les réunions efficacement. C’est un bénéfice collatéral car ce n’était pas l’objet de l’accompagnement. »
Qu’est-ce qui est le plus gratifiant pour vous ?
« C’est quand je vois que l’accompagnement a été transformateur sur le fond. Par exemple, c’est quand une structure me dit que cela leur a permis de passer de la télévision noir et blanc à la couleur ! Ça raconte que quelque chose a bougé sur le fond, et pas juste sur la question de savoir comment on s’organise. Il y a un décalage, une volonté, quelque chose qui bouge, et ça c’est le plus gratifiant pour moi.
Ou de voir, par exemple au sein de conseil d’administration, que des personnes de 80 ans continuent à bouger, à apprendre et à se décaler. Je trouve cela merveilleux. »
> Pour en savoir plus sur les Échelles
Vous pouvez consulter leur site et contacter Marion Saint Romain ou Thomas Rey au 06-50-98-51-59 ou à l’adresse mail contact@les-echelles.org.
Crédits photo : Malorie Almon / Accompagnement à l’actualisation du projet associatif – MJC des Eaux-Claires – 2025
Frédérique Hellé pour Alpes Solidaires

